Enjeux scientifiques

Le projet  GRAPHITE a permis de réunir un corpus d’informations  quantitatives, spatiales et qualitatives sur les espaces vécus des jeunes. Les analyses  sont compilées dans un rapport scientifique. La base de donnée est archivée sur le site DATASUD.

E.Dorier (dir), J.Dario, M.Lecoquierre, 2021, « Les jeunes et la ville en région Provence-Alpes-Côte d’Azur » , Aix Marseille » Université, LPED, Rapport pour l’AAP les Fabriques de la Connaissance, 259 p, 2 tomes

  • Objectifs : Le projet GRAPHITE (215-2020) visait  à mieux connaître la diversité de vie des jeunes scolarisés dans les contextes socio-territoriaux variés de la Région Sud, sur la base de 4 années d’enquête quantitatives et qualitatives auprès de 1667 lycéens des métropoles de Marseille, Toulon, Nice et des villes de Gap, Digne, Avignon.
  • Carte extraite du rapport final de l’étude GRAPHITE. ©E.Dorier, J.Dario, AMU-LPED, 2020

    En se basant sur l’analyse des pratiques, des connaissances et des représentations, sous l’angle de la géographie sociale, l’étude explore les rapports des jeunes aux territoires urbains.
    Où et comment vivent les jeunes de 14 à 17 ans, classe d’age à laquelle on donne peu la parole ? Comment pratiquent-ils et appréhendent-ils leurs propres territoires de proximité ? Que nous apprennent-ils eux-mêmes de ces espaces en qualité d’habitants ? Quelles sont leurs habitudes, leurs besoins ? Comment voient-ils le reste du territoire, urbain et péri-urbain ? Dans une région qui vieillit quelles sont leurs habitudes, leurs évaluations et leurs propositions pour le territoire ?

    Cette exploration est indissociable des problématiques d’inégalités, de ségrégation selon les CSP, ainsi que de logement dans les espaces urbains de la région. Les expériences et pratiques personnelles que chaque lycéen a des espaces urbains ont été confrontées à des données objectives de contextes, afin d’analyser les mécanismes d’intériorisation et  reproduction des inégalités et le rôle des politiques locales permettant de les compenser.
    La fréquentation du lycée – général ou professionnel, tous deux représentés dans cette étude a-t-elle vraiment, comme l’avancent certains (Galland, 2017), effacé les bornes sociales entre jeunes, au profit de pratiques et représentations communes, plus horizontales ?

  •  Cadre théorique et méthodologique : L’approche de géographie sociale s’appuie sur un traitement quantitatif et cartographique de données d’enquête directe par webmapping, croisées à des données sociales de contexte.  L’analyse repose sur un corpus de 18650 lieux urbains de la région, cartographiés et décrits par les jeunes. L’approche participative a été choisie pour donner une voix à des jeunes mineurs, souvent considérés comme « illégitimes », voire indésirables dans l’espace public (Danic, 2004 ; Fleury, Froment-Meurice, 2014 ; Malone, 2002) et ceci plus encore dans les périodes de confinement et restrictions des mobilités au cours desquelles nous avons traité les données et rédigé ce rapport, où des tensions générationnelles se sont exprimées. Les notions plus qualitatives d’espace de vie (celui des pratiques concrètes) et de réflexivité sur l’espace vécu (élargi aux représentations, aux évaluations), théorisées depuis longtemps en géographie et en sociologie  sont centrales pour l’approche résolument « bottom-up »  de cette exploration urbaine (Lefebvre, 1974 ; Frémont, 1974,  Hannerz, 1983, Hérin et al. 1984, Dorier-Apprill et Gervais-Lambony et al., 2006).
  • Résultats et enjeux :
  • L’analyse des pratiques, représentations et projections de notre étude montre l’actualité de la position sociale et du contexte urbain (Bourdieu, 1978 ; Dubet, 2009) face aux impacts de la scolarisation de masse supposée  homogénéiser les aspirations des « jeunes ». Lors du traitement des résultats d’enquête, de la cartographie et de la rédaction de ce rapport, les périodes de confinement de 2020 sont venues souligner et accentuer, pour les lycéens, l’enjeu des très fortes différences régionales et de la fragmentation intra-urbaine de conditions de vie et de pratiques territoriales. Celles que nous avons mises en exergue sont liées au logement et au manque d’équipements collectifs : inégal accès à la mobilité, à l’intimité et au calme pour étudier à domicile inégal accès aux espaces de pratiques sportives et culturelles (tome 1).
  •  Un parti pris  a été constant au fil de cette recherche : celui de considérer des jeunes habitants, et ici, en l’occurrence, ces lycéens, en tant que citadins, experts d’usage de leurs territoires de proximité, capables d’énoncer eux-mêmes leurs besoins, sources d’informations et d’idées sur la ville et la société. Et de rendre audible leur expertise urbaine (principalement dans le tome 2).
  • Dans ce domaine, l’apport des jeunes participants du projet GRAPHITE sur la diversité des contextes urbains régionaux est riche d’enseignements dont élus et techniciens du territoire pourraient se saisir : signalement des lieux, problématiques de vie quotidienne dans les quartiers urbains, les jeunes ont produit des diagnostics de territoires et de besoins sociaux qui méritent d’être lus et entendus.

Universitaires ayant participé aux enquêtes entre 2015 et 2019/  Résumé du rapport (23 p) et l’atlas (46 p.)

E.D